Plateforme agréée ou solution compatible ? Comment vérifier ce que votre logiciel est vraiment
Trois statuts se cachent derrière « prêt pour la réforme ». Les deux repères de la DGFiP, la vérification en une minute, les questions à poser à votre éditeur, et un croisement des listes DGFiP et OpenPeppol qui remet une rumeur à sa place.
À quelques jours du 1er septembre, presque tous les logiciels de facturation se disent « prêts », « conformes », parfois « agréés ». Trois statuts très différents se cachent derrière ces mots, et un seul se vérifie sur une liste publique, celle de la DGFiP. Voici comment faire la différence en une minute, ce que chaque statut change pour vous, et ce que disent les listes officielles quand on les croise.
Les deux seuls repères officiels
La DGFiP a créé deux signes pour la réforme, et deux seulement, qu’elle présente dans un document de septembre 2025. Le premier est une marque de garantie, « Plateforme agréée ». Elle est réservée aux opérateurs immatriculés par l’administration, ceux qui « constituent l’ossature du dispositif ». Le second est un label, « Solution compatible ». Il désigne un logiciel qui produit des factures conformes, qu’il s’agisse d’une application bancaire, d’un logiciel de comptabilité ou de facturation ou d’un outil métier. Le document est précis sur ce que ce label n’est pas. « Contrairement à la plateforme agréée, la solution compatible n’est pas immatriculée par l’administration. Elle ne peut donc ni transmettre les factures directement à l’administration fiscale, ni agir en tant qu’intermédiaire officiel pour la transmission de données de transaction et/ou de paiement. » Et sur ce qu’il exige, « elle doit obligatoirement être raccordée à une plateforme agréée pour pouvoir utiliser ce label ».
Ce label n’est pas délivré. La charte d’utilisation publiée par la DGFiP le précise, le logotype est « d’utilisation libre ». Deux conditions, le logiciel gère les formats de la réforme pour les fonctions qu’il propose, et il est raccordé à au moins une plateforme agréée. Aucune liste de solutions compatibles n’existe. Pour une solution compatible, la seule chose vérifiable est donc le nom de sa plateforme.
Le même document prévient que « d’autres labels existent », souvent antérieurs à la réforme, qui certifient autre chose, la comptabilité, la caisse, l’archivage. Un badge « conforme 2026 » dessiné par un éditeur n’appartient à aucune de ces deux familles.
Trois statuts, et ce qu’ils changent pour vous
La plateforme agréée, immatriculée en son nom. Elle figure sur la liste de la DGFiP, avec son adresse et la date de délivrance de son numéro. Elle porte l’immatriculation et la responsabilité qui va avec. C’est elle qui est certifiée pour la sécurité, ISO 27001 ou SecNumCloud, qui vérifie l’identité de votre représentant légal et qui transmet vos données à l’administration. Elles sont 148, et 18 dossiers attendent encore les tests d’interopérabilité. Certaines sont des opérateurs spécialisés, d’autres des éditeurs de logiciels ou des néobanques, tous immatriculés en leur nom.
La solution compatible, raccordée à une plateforme agréée. C’est le cas le plus fréquent pour un logiciel de facturation, et c’est celui de SWIPIFY. Le logiciel prépare vos factures au bon format et les confie à une plateforme agréée qui les transporte. Vous ne changez pas d’outil. La seule trace visible, imposée par la réglementation, c’est l’étape d’identification de votre entreprise chez la plateforme au moment de l’activation. Le nom de la plateforme y apparaît forcément, et un éditeur qui joue franc jeu vous le donne avant, sur son site.
Le logiciel qui se dit « agréé » sans figurer sur la liste. C’est le seul statut trompeur. L’éditeur emploie le mot réservé aux plateformes immatriculées, ou un badge maison, sans être sur la liste, et souvent sans dire à quelle plateforme il est raccordé. Il peut être parfaitement raccordé par ailleurs. Mais s’il faut chercher le nom de la plateforme, la question mérite d’être posée par écrit.
La vérification, en une minute
Ouvrez la page « Je consulte la liste des plateformes agréées » sur impots.gouv.fr. Deux fichiers y sont publiés, celui des opérateurs « satisfaisant à l’ensemble des conditions, incluant les tests d’interopérabilité », et celui des dossiers complets en attente de ces tests. Cherchez le nom commercial exact de votre logiciel ou de son éditeur. S’il y est, c’est une plateforme agréée, avec sa date. S’il n’y est pas, c’est une solution compatible, ou rien du tout, et la question devient « à quelle plateforme êtes-vous raccordé ». Un jeu de données tiers, publié par la Fédération nationale des auto-entrepreneurs sur data.gouv.fr, reprend et enrichit cette liste avec quelques semaines de décalage. Utile pour explorer, jamais pour trancher. Un logo sur un site est un indice, jamais une preuve.
Trois questions à poser à votre éditeur
La première, êtes-vous sur la liste de la DGFiP, et sous quel nom. La deuxième, si vous n’y êtes pas, à quelle plateforme agréée êtes-vous raccordé, et où ce nom est-il écrit sur votre site. La troisième, ce que vous verrez exactement au moment de l’activation, quelle étape d’identification, et chez qui. Un éditeur au clair répond aux trois en une phrase chacune. Une réponse vague est une réponse.
Combien de plateformes sont certifiées sur le réseau à leur nom
On entend parfois, chez les éditeurs et les comptables, qu’il n’y aurait qu’une vingtaine de « vraies » plateformes. Les autres ne seraient que des noms posés sur l’infrastructure d’une autre. Cela se teste avec deux listes publiques.
Le réseau qui relie les plateformes entre elles est Peppol, et la DGFiP en est devenue l’autorité pour la France. Un point d’accès est le serveur par lequel une plateforme envoie et reçoit sur ce réseau. Les prestataires qui en opèrent un sont certifiés par OpenPeppol après des tests de conformité, et la liste est publique. La DGFiP rappelle d’ailleurs que chaque plateforme agréée doit disposer de son propre certificat.
Au 27 août 2026, en rapprochant les noms et les sites des 148 plateformes immatriculées de la liste OpenPeppol du 25 août, 131 y figurent, à leur nom ou au nom de leur groupe. Plus de 80 sont établies en France. Les autres sont des groupes étrangers, certifiés par l’autorité Peppol de leur pays ou directement par OpenPeppol. Il en reste 17 sans point d’accès certifié à leur nom. Une partie d’entre elles est peut-être certifiée sous une autre raison sociale, que ce rapprochement par nom et par domaine ne retrouve pas.
Voici ce que ce chiffre dit, et ce qu’il ne dit pas. Il dit que 131 plateformes détiennent leur propre certificat Peppol et ont passé les tests de conformité du réseau sous leur nom, ce que la DGFiP demande à chaque plateforme agréée. Il ne dit pas qui a écrit le code ni qui héberge le point d’accès. Des prestataires d’infrastructure proposent, sur leur propre site, aux éditeurs de devenir plateforme agréée sans développer d’outil, et une partie des 148 sont des marques posées sur une technologie louée. C’est légal, chacune porte son immatriculation et sa responsabilité, et rien sur la liste ne le signale. Si le sujet vous importe, la liste OpenPeppol est le meilleur indice public, et elle se consulte librement.
Où se situe SWIPIFY
SWIPIFY est une solution compatible au sens de la charte de la DGFiP, raccordée à SUPER PDP. SUPER PDP est une plateforme agréée immatriculée par la DGFiP le 22 décembre 2025, présente dans la liste des opérateurs satisfaisant à l’ensemble des conditions, et point d’accès Peppol certifié par OpenPeppol. Le nom est écrit sur le site, les critères du choix sont détaillés dans un article dédié, et l’étape d’identification est décrite avant que vous l’activiez. Ce n’est pas un statut supérieur à celui de plateforme agréée, c’est un statut dit en clair. C’est tout ce que cet article demande à un logiciel.
Et une fois le statut vérifié, la question suivante est celle qui compte le 1er septembre, votre entreprise est-elle inscrite dans l’annuaire ?
Sources officielles
- Présentation de la marque « Plateforme agréée » et du label « Solution compatible » DGFiP · impots.gouv.fr
- Charte d'utilisation du logotype « Solution compatible » DGFiP · impots.gouv.fr
- Je consulte la liste des plateformes agréées DGFiP · impots.gouv.fr
- Liste des plateformes agréées DGFiP, reprise et enrichie (jeu de données) FNAE · data.gouv.fr
- Rejoindre le réseau Peppol DGFiP · impots.gouv.fr
- Prestataires de services certifiés Peppol OpenPeppol
- Facturation électronique : les sanctions évoluent Service-Public · Entreprendre
Questions fréquentes
Mon logiciel affiche « compatible 2026 », est-il agréé ?
Pas forcément. « Compatible » veut dire raccordé à une plateforme agréée, pas immatriculé. C'est un statut légitime, à condition que l'éditeur nomme la plateforme à laquelle il est raccordé. Si le nom n'apparaît nulle part, demandez-le par écrit.
Un logiciel de facturation peut-il être lui-même plateforme agréée ?
Oui. Plusieurs éditeurs de logiciels de facturation ou de comptabilité sont immatriculés en leur nom et figurent sur la liste de la DGFiP. Dans ce cas, le nom commercial du logiciel, ou celui de son éditeur, apparaît sur la liste avec la date de délivrance de son numéro.
Une plateforme agréée qui loue sa technologie est-elle moins fiable ?
Pas en droit. Elle porte son immatriculation, sa certification de sécurité et sa responsabilité devant l'administration, quelle que soit l'origine de son code. Si vous voulez savoir qui opère réellement le réseau, la liste des prestataires certifiés d'OpenPeppol est publique, et la grande majorité des plateformes immatriculées y figurent.
Que se passe-t-il si mon logiciel n'est raccordé à aucune plateforme agréée ?
Vos factures fournisseurs ne peuvent pas vous parvenir par le circuit officiel. Et quand votre tour viendra d'émettre, en septembre 2027 pour les TPE, vous ne pourrez pas le faire par ce circuit. Le régime des sanctions est décrit sur Service-Public, dans les sources en pied d'article.